THIRON-GARDAIS

L'EgliseL'abbaye de la Sainte-Trinité

 

      Après s’être consacré à la prédication itinérante, Bernard, un pieux ermite né dans le Ponthieu, se mit en l’an 1108 en quête d’un endroit propice à la prière et à la méditation. Après de vaines recherches, il s’adressa à Rotrou III, comte du Perche, qui lui fit don du domaine d'Arcisses, sur la paroisse de Brunelles. Néanmoins, Béatrice, mère de Rotrou, fit révoquer cette donation de crainte que la proximité du nouveau monastère ne fît ombrage aux moines clunisiens de Saint-Denis de Nogent. En échange de ce domaine, Rotrou lui concéda un autre territoire, dans la forêt de Tiron, sur lequel Bernard fit construire un sanctuaire en bois dont la chapelle Sainte-Anne des Bois marque aujourd’hui l’emplacement présumé. La messe y fut pour la première fois célébrée le jour de Pâques 1109.


     Mais là encore Bernard fut contraint de quitter le site dont les moines clunisiens revendiquaient le patronage. Bernard ne tenta pas de lutter et, pour échapper à cette servitude, s’adressa à l’évêque Yves de Chartres et à son chapitre qui, par une charte rédigée en 1114, lui octroyèrent un nouveau domaine, sur la paroisse de Gardais, près de la source de la Tironne.


     Dès 1115, avec l’appui des rois Louis VI le Gros et Henri Ier Beauclerc, et grâce aux libéralités de Béatrice et de Rotrou, la construction du monastère put commencer par l'édification du long vaisseau roman de l’église.


     A la mort de Bernard, le 25 avril 1116, l’établissement comptait près de 300 moines. Certains d’entre eux établirent des prieurés, tant en France qu’en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse.


     Les fondations en faveur de Tiron se multiplièrent si rapidement qu’au milieu du XIIe siècle plus d’une dizaine d’abbayes et près d’une centaine de prieurés reconnaissaient la suprématie du monastère de Tiron devenu abbaye royale. Elle devint ainsi le chef d’ordre de l’une des principales institutions monastiques du Moyen Age.


     Toutefois, l’abbaye ne put échapper au fléau de la guerre de Cent Ans. En 1428, Thomas de Montaigu, comte de Salisbury, accompagné de ses soldats, incendia le monastère. Tout fut mis à sac, exceptée l’église.


     L’état financier de l’abbaye fut tel que les moines eurent recours à des expédients pour trouver les ressources qui leur faisaient défaut. C’est ainsi qu’ils modifièrent les chartes de leur monastère et s’octroyèrent des privilèges qui ne leur avaient jamais été attribués. Ce fut la cause d’interminables procès entre Tiron et le chapitre de Chartres.


     Dans la seconde moitié du XVe siècle, les Grimault, dont l’oncle et le neveu se succédèrent comme abbé, remirent l’abbaye en état et entreprirent la reconstruction du chœur dans le style gothique.


     Les guerres de Religion ne furent guère moins désastreuses que les invasions anglaises. En 1562, une armée de trois mille reîtres saccagea pendant trois jours l’abbaye : trois religieux furent massacrés et l’édifice fut pillé.


     En 1614, à l’occasion de ses états généraux, le clergé prit conscience de la nécessité de réformer les ordres monastiques. S’en suivirent des bouleversements qui affectèrent l’organisation du monastère. L’abbaye, sur ordre de Henri de Bourbon, fut soumise, en 1629, à la gestion des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, célèbres pour leur érudition, afin de remplacer l’ancienne communauté.


     Les religieux s’attachèrent à refleurir l’idéal bénédictin voulu par Bernard et se consacrèrent à l’éducation en ouvrant un collège qui prit, au XVIIIe siècle, le titre de d’Ecole Royale Militaire. Jusqu’à la Révolution, sa renommée alla croissante.


     La réforme religieuse s’accompagna également d’une réforme architecturale. De nouveaux plans et projets furent élaborés. Dans l’église, le croisillon nord du transept fut muré pour tenir lieu de chapitre tandis que le croisillon sud servi à l’extension du collège et à l’aménagement du dortoir des élèves du roi.


     En 1786, l’abbaye fut victime d’un incendie qui endommagea la totalité de l’aile ouest dont l’infirmerie, le réfectoire et l’hôtellerie. La révolution ne fit qu’accélérer son déclin en raison du manque d’entretien et des pillages successifs.


      Les ordres religieux furent supprimés le 12 février 1790 et l’abbaye fut déclarée bien national le 8 juillet de la même année.


     L’église fut interdite au culte en 1792 et le collège ferma ses portes l’année suivante. Le cloître et les bâtiments conventuels furent acquis en 1804 par Etienne Taulé, ancien élève du collège, et servirent de carrière de pierres à la construction du bourg.


     Aujourd’hui, du monumental ensemble monacal demeurent notamment l’église abbatiale, l’ancien collège, la grange aux dîmes, le pigeonnier, une partie des communs, le parc et le vivier. Le souvenir et la mémoire des moines se retrouvent à bien d’autres endroits encore dans le village.

 

 

     Le collège est aujourd'hui la propriété du journaliste et animateur de télévision Stéphane Bern. Il va procéder à sa restauration en vue d'en faire un musée des Collèges Royaux Militaires de France. Le parc du collège est ouvert pour les journées du patrimoine.